Revues culturelles

Belle du seigneur d'Albert Cohen

Autant vous le dire tout de suite, nous détestons ce livre. Pas qu'il soit mal écrit, bien au contraire, mais à cause des détestables valeurs qu'il colporte auprès d'un public qui mérite bien mieux. Donc, commençons pour dire les choses positives, comme ça ce sera fait...

Premièrement, le langage est très bien choisi. L'écriture de Belle du seigneur a duré trente ans, suffisamment pour peaufiner tous les textes et permettre ainsi à l'excellente maîtrise du langage de Cohen d'être mise en valeur. Les phrases frappent par leur efficacité et de nombreuses inventions linguistiques donnent au livre un ton nouveau et innovateur, malgré qu'il ne va pas tarder à fêter son demi siècle depuis sa première parution.

Aussi, les personnages sont très finement dessinés: sans parler de leur valeur, sur laquelle nous reviendrons, Cohen s'est amusé à crayonner ses caractères avec beaucoup de précision, quoique souvent excessivement barbante et stéréotypée, notamment dans les personnages des "Valeureux" et de la naine juive. Les héros du livre auraient gagné a ne pas suivre certains clichés qui ne convainquent pas.

Nous en venons maintenant à expliquer ce qui ne va pas dans Belle du seigneur: c'est un livre déprimant, décadent, qui diffuse une vision très négative de l'homme, de ses égoïsmes et de ses pulsions destructives. Cet ouvrage, avec sa terrible scène finale dans laquelle Solal et Ariane se suicident, nie la mission de l'homme dans ce monde et présente l'image d'une humanité dépourvue de valeurs et selon laquelle il ne vaudrait pas la peine de vivre. Combien de personnes déprimées pourraient tirer une mauvaise inspiration de ce livre? Je déconseille donc sa lecture à toute personne malheureuse (afin qu'elle ne fasse pas de bêtises) et aussi à toute personne heureuse (afin qu'elle le reste longtemps).

Solal et Ariane ne sont pas des héros positifs et pourtant la décadence de leurs personnages fascine tant de jeunes! Notre époque est assez confuse et nos jeunes sont assez pommés pour qu'il soit préférable de leur éviter de modèles aussi négatifs que Solal et Ariane. Il faudrait plutôt leur expliquer que le suicide n'est pas l'acte héroïque et sans douleur relaté dans le dernier chapitre du roman, mais une folie douloureuse, qui brise surtout la vie de ceux qui restent et qui peut provoquer des graves mutilations et des handicaps permanents au corps de ceux qui y survivent. Pourquoi taire de ces séquelles pour peindre deux personnages imaginaires comme des héros?

En plus, il paraît que Sarko a adoré le livre, donc voici une raison de plus pour ne pas l'aimer...

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